Analyse de sortie de crise et de confinement. Que prévoir ?

Une crise engendre des changements. Des changements directs et subis, mais elle permet aussi d’ouvrir l’esprit et de déclencher le questionnement préalable à un changement choisi.

On lit beaucoup, en ce moment, que l’entreprise “post covid19” ne sera pas celle d’avant. Notamment dans la presse spécialisée qui prédit haut, fort et peut être hâtivement certaines prophéties comme par exemple la généralisation du télétravail. À ce sujet, les articles et sondages sont nombreux : plébiscite du télétravail par les salariés, rappel des avantages et des bénéfices pour les salariés et l’entreprise, on en déduit qu’il est impensable que les entreprises refusent sa mise en place à grande échelle tellement la situation actuelle montre que cela fonctionne ! Même les agents immobiliers y vont de leur avis en prédisant que le marché de l’immobilier en zone rurale va exploser grâce à tous ces cadres tété-travailleurs qui vont bientôt pouvoir quitter Paris et s’installer à la campagne…

Le monde de l’entreprise va-t-il muter aussi subitement ? Allons-nous connaitre un changement majeur de nos habitudes de travail suite à la crise sanitaire et économique actuelle ? Difficile d’apporter des réponses aujourd’hui tant nous y sommes encore plongés et ne disposons que de peu de visibilité pour les mois à venir. Pour beaucoup d’organisations, l’heure est encore à la gestion de crise. Qu’elles soient directement impactées par la crise sanitaire et en surcroît d’activité (secteur de la santé, ONG, médico-social, administrations, etc…) ou par la crise économique et en baisse d’activité voir à l’arrêt.

Il ne faut pas brûler les étapes :

Avant de se projeter dans le monde du travail d’après et se laisser dicter les nouvelles lois qui le régiront, chaque entreprise ou organisation de travailleurs à la possibilité de définir cette fameuse entreprise de demain, en commençant par prendre un temps pour analyser. Analyser cette période de crise et les solutions déployées pour y répondre, analyser l’impact que la crise a eu sur l’entreprise et aussi, pourquoi pas, l’éventuelle responsabilité de l’entreprise dans cette crise.

Comment mettre objectivement en lumière ce qui a fonctionné et moins bien fonctionné avant de repartir dans le quotidien propre à chaque entreprise ? Dédier du temps pour cette phase d’analyse va être primordial, voir stratégique ! Ne repartons pas, tête baissée, à la recherche du temps et du chiffre d’affaire perdus ou de nos habitudes réconfortantes d’alors. Ne prenons pas le risque de nous retrouver dans le train grande vitesse des tâches quotidiennes au risque d’oublier ou de minimiser ce qui vient de se passer (propre à la nature humaine).

Ne pas sortir renforcés de cette période serait là notre véritable échec. Ne pas saisir l’opportunité de changement serait coupable de notre part. Alors comment analyser ? Que faut-il analyser ? Voici, concrètement, ce qui peut être mis en place et que je souhaite partager aujourd’hui. En espérant pouvoir l’enrichir de vos contributions rapidement !

Quelques propositions d’actions concrètes :

  1. Constituer une équipe « étude de crise ». Pour une équipe efficace et performante, il faut une représentation des différents secteurs de l’entreprise. Des personnes volontaires qui acceptent de prendre du temps pour cette mission importante. Un pilote d’équipe élu par les membres de l’équipe. Que celle-ci se fixe un cap principal. Par exemple : « comment pouvons sortir plus forts de cette crise ? » Fixer un planning, une date de rendue à laquelle l’équipe présentera ses recommandations devant l’ensemble des collaborateurs. Définir des thématiques de travail concrets : communication interne, systèmes d’information, locaux, télétravail, sécurité, etc…
  2. Analyser les statistiques : chacun des outils utilisés par vos équipes produit des statistiques d’utilisation accessibles aux administrateurs : statistiques sur l’utilisation des messageries, des outils communs (CRM, réseaux d’entreprises) des outils collaboratifs (Teams, Zoom, …) des sites web et intranet de l’entreprise (google analytics), etc… Profitez-en pour les analyser en comparant les chiffres avant/pendant/après crise. Le travail à distance ayant exacerbé certaines utilisations et comportements ceci vous offrira un volume de statistiques nécessaire à une analyse fiable. Connaitre les taux d’utilisation, les horaires préférés, les fonctionnalités les + utilisées pour mesurer l’efficacité de ces outils et services. Ceci vous permettra de sélectionner les outils qui sont utiles pour pouvoir renforcer leur utilisation (formation, développement de fonctionnalités, etc.) et aussi définir ceux qui ne servent pas ou peu pour alléger et simplifier votre écosystème numérique. Ces dernières années ont vu la prolifération d’outils spécialisés dans tout, il est peut être temps de penser “frugalité numérique”.
  3. Une enquête en ligne (anonyme ou non) vous renseignera sur la façon dont chacun de vos collaborateurs a vécu cette crise. Cette enquête peut mêler les sujets pros et persos. C’est là l’occasion d’obtenir une photo à jour de l’ensemble des collaborateurs. L’analyse vous permettra de réagir rapidement sur des sujets que vous n’aviez peut-être pas imaginé.
  4. Entretiens individuels. On ne redira pas ici le grand intérêt d’instaurer des entretiens réguliers dans les équipes et de discuter régulièrement avec ses collègues de manière constructive. C’est une période qui le prouve encore plus. Ces entretiens peuvent permettre de rassurer (redéfinition des objectifs annuels en réponse à la crise) et de récolter de l’information sur l’état d’esprit des salariés, de créer du lien et rompre l’isolement après cette phase de confinement (qui continue pour un grand nombre de salariés encore en télétravail).
  5. Boites à idées /remarques anonymes : toujours une bonne idée à laisser en permanence dans les locaux ou en ligne sur l’intranet de l’entreprise !

Anticiper / limiter / empêcher

Les résultats de ces travaux permettront de renforcer l’organisation qui réagira de façon plus rapide et plus efficace si une crise repointe le bout de son nez. C’est très bien. Mais ne faut-il pas aller plus loin ? Une organisation forte dans un environnement faible et instable a-t-elle une chance de survivre ? Ne faut-il pas aussi tenter de renforcer son environnement ?

Un deuxième niveau d’analyse doit donc permettre une étude plus globale et systémique de la situation. L’entreprise et ses salariés évoluent dans une société et en sont des acteurs à part entière. Il est donc, à mon sens, bon et responsabilisant d’organiser des séances de réflexions autour des Responsabilités Sociétales et Environnementales de votre entreprise.  Les questions suivantes peuvent être posées à l’ensemble des collaborateurs :

  • Est-ce que je produis mes biens et services dans un respect de l’environnement et des partenaires ?
  • Quel est l’impact de l’organisation sur son environnement ?
  • Quel est l’impact de l’organisation sur la société ?
  • Puis je faire mieux pour l’environnement ? Pour la société ?

C’est certainement l’occasion de mettre en place des groupes de travail sur un plus long terme pour ceux qui n’ont pas de direction RSE.

Vers un changement collectif

Quoi qu’il en soit, il faut bien comprendre que le changement sera collectif ou ne sera pas ! Premièrement il est impossible que seules les directions générales ou les RH ou les DSI, par exemple, prennent en charge cette analyse puis « imposent » leus recommandations à toute l’entreprise. Nous avons bien vu lors de cette crise et ce confinement le lien étroit entre vie personnelle et vie pro. Il s’agit au final d’une seule et même vie et chacun doit gérer au mieux ses différentes obligations. Le mieux pour cela est de prendre part aux réflexions et décisions qui nous concernent !

Il faut donc réussir, lors des prochains mois à impliquer tous les collaborateurs dans la définition du changement collectif que l’on souhaite.

J’irai même plus loin en imaginant un partage des analyses et des échanges plus fréquents entre les entreprises d’un même secteur, d’une même zone géographique. Avec l’aide des pouvoirs publics.

Enfin, les changements doivent être positifs pour TOUS. Reprenons l’exemple du télétravail :  la principale difficulté dans sa généralisation et qu’il ne s’adresse pas à tout le monde :

  • Certaines personnes ont un caractère incompatible (peur de l’isolement, besoin de bouger, peur que l’on ne voit pas le travail effectué…)
  • Certaines missions sont incompatibles : toutes les tâches ne peuvent être effectuées hors des murs de l’entreprise
  • Environnement incompatible : tous les salariés n’ont pas une qualité de connexion suffisante ou de place dédiée au travail chez eux.

CONCLUSION

Il est trop tôt aujourd’hui pour affirmer ce que sera l’entreprise et le monde du travail suite à la crise du Covid19. Les grands sujets comme le télétravail, l’immobilier de bureau, le management, les réunions vont certainement avancer plus rapidement maintenant que nous avons expérimenté beaucoup de choses en deux mois mais il ne faut pas se précipiter. Les discussions semblent, ces dernières semaines, se polariser aux extrêmes car les experts de chaque camp réussissent à trouver des exemples favorables à leurs idées dans les derniers événements. Exemple : PSA propose d’élever le télétravail au rang de norme pour une grande partie de ses cadres, alors qu’IBM, pionnier du télétravail, décide de rappeler tout le monde au bureau en l’expliquant par un manque de productivité et d’innovation.
Ces exemples opposés démontrent bien que nous sommes dans une période de transition, elle même perturbée par une crise sanitaire et économique et un confinement de la population, ce n’est pas rien !

C’est pour cela que nous pouvons faire qu’une seule chose à l’heure actuelle : prendre le temps de réfléchir et d’expérimenter ! Prendre une seule décision avec nos collaborateurs : celle de continuer ensemble, pour longtemps, avec un impact positif sur notre environnement (naturel et sociétal).

Bonne reprise et bonne analyse à tous.

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