Pourquoi le monde de l’entreprise change-t-il ?

Que s’est-il passé ces 20 dernières années pour que l’on connaisse aujourd’hui de tels changements dans le monde de l’entreprise, une telle accélération de ce mouvement de “libération” et de dé-pénibilisation du travail ? Pourquoi autant de remises en question des schémas classiques (managérial, structurel) ? Pourquoi autant d’achats de babyfoot et de tables de ping pong ?

Essayons d’identifier les évènements qui ont engendré cette évolution…

Il est certain que la pénibilité du travail a positivement évolué ce dernier siècle. On ne vous refait pas l’histoire de l’emploi répétitif et laborieux à l’usine il y a 100 ans ni celle des nouveaux métiers de services entièrement digitalisés qui sont moins pénibles physiquement. Attardons nous plutôt sur ces trois dernières décennies qui ont connu des bouleversements notables dans notre rapport au travail :

1/ Le mal-être en entreprise :

On en reparle ces dernières semaines avec l’ouverture du procès des ex-dirigeants de France Telecom pour harcèlement moral : la vague de suicides en 2008/2009 chez l’opérateur historique a certainement marqué les esprits de chacun et mis en lumière qu’il était possible que l’entreprise moderne représente un lieu nocif pour l’homme et sa santé. Le harcèlement moral, la non-considération du travail, le non-respect de l’humain ont provoqué des dégâts irréversibles.

On se rend compte à ce moment que le management hérité des temps anciens qui consiste à mettre la pression sur un employé afin d’en sortir le maximum, comme on pourrait presser une orange, était une méthode néfaste et contreproductive.
On se réveille soudain d’une longue léthargie en se demandant par quel masochisme on en arrive toujours à allier travail et labeur ? A faire rimer ‘travail’ avec ‘pénibilité’ et ‘souffrance’ ?

Cette horrible vague de suicides et la multiplication des burn-out au début des années 2000 ont donc réveillé les médias et l’opinion public. Les institutions également s’emparent de la problématique : en 2019 le burn-out est reconnu par l’OMS dans la classification internationale des maladies.
Il semble que nous entrons dans une nouvelle ère en matière de santé et surtout de responsabilité de l’entreprise dans la santé (et non plus seulement la sécurité) de ses employés et collaborateurs.

2/ Les nouvelles technologies et comportements :

Les nouvelles technologies ont rendu le travail moins manuel et moins pénible physiquement. Elles ont même totalement modifié nos rapports dans l’entreprise (disparition de certains modes de communication, des échanges beaucoup + nombreux et rapides) et ouvert l’accès à des ressources illimités ! On peut aller plus vite et plus loin !

Ressources illimitées sur le web et aussi impression de ressources illimitées dans la vie de tous les jours avec une société de consommation toujours + incohérente et avide de nouveaux produits “indispensables” dont on pourrait se passer. La livraison à domicile explose, on se fait livrer dans l’heure un livre et dans le quart d’heure le déjeuner du midi. Dans ce contexte, il est évident que chacun s’habitue à de plus en plus de confort, de liberté et de bien-être (tout relatif) et l’entreprise ne peut plus être un endroit où l’on serait privé de tout cela pendant la journée de travail ! C’est impensable ! On demande donc plus de liberté et d’autonomie dans son travail, on souhaite un travail à la carte, adapté à ses horaires et à sa vie privée, on cherche à être heureux, on demande à pouvoir jouer au babyfoot pour faire une pause.

Rendez-vous compte : revendiquer ne serait-ce qu’une once de liberté dans son travail était inimaginable il y a 50 ans, mais totalement ancré maintenant dans la mentalité et les habitudes de la population active.

3/ Les nouvelles générations :

Certainement exagérées par les médias et certains « théoriciens » du marketing, les fameuses nouvelles générations (Y, Z, millenials…) seraient le moteur du changement actuel. On lit que ces nouveaux jeunes seraient d’accord pour gagner moins à condition d’avoir un métier qui a du sens. On dit qu’ils préfèrent les bureaux végétalisés et sans cloisons et on pense même qu’ils ne veulent pas de cette hiérarchie traditionnelle. C’est certainement plus mitigé que cela. D’ailleurs, si on se réfère à une (petite) enquête réalisée auprès des étudiants de l’ESSEC Business School à Paris en 2018, les futurs managers seraient plus attirés par un bureau individuel et réticents au flex-office ou télétravail…

N’étant pas sociologue je ne me risquerai pas à exposer mon point de vue qui n’est aucunement vérifié. Je ne dirai pas que si l’on compare, à catégorie sociale équivalente un « jeune d’aujourd’hui » et un autre né en 1900, on trouverait certainement des différences flagrantes dont le refus plus fréquent de l’autorité et une plus grande envie de liberté. Non je ne dirai pas cela.

Cependant, on peut affirmer que ces nouvelles générations ont surtout plus de possibilités que les générations précédentes ! Plus de choix dans les études et l’orientation professionnelle, plus de voyages, plus de facilités à accéder aux connaissances, plus de choix de vies envisageables !

A environnement différent, comportement différent. Le rapport au travail est certainement lui aussi différent. Peut-être qu’aujourd’hui un jeune actif sait qu’il va travailler dans plusieurs entreprises au cours de sa carrière, voire même connaître l’aventure entrepreneuriale alors qu’autrefois il était plus courant d’exercer un seul métier ou de faire toute sa carrière dans la même entreprise.
Le monde de l’entreprise doit donc s’adapter. Ou plutôt le monde de l’entreprise est changé de l’intérieur par ses nouvelles recrues qui apportent de nouvelles modes, de nouvelles façons de s’exprimer et de travailler !


Conclusion :

Ces dernières années, le monde de l’entreprise est confronté à de profonds changements : la revendication d’une certaine liberté d’esprit, d’action et de choix de la part des nouvelles générations mais aussi une revendication forte de la part des salariés à un respect de leur santé et de leur bonheur.

En réponse à cela, le bien-être au travail devient donc une priorité absolue pour l’entreprise qui comprend enfin l’intérêt de préserver la santé physique et mentale de ses employés et va même plus loin dans la mise en place de solutions assimilées jusque-là au plaisir et aux loisirs. On voit également une évolution du métier de manager qui doit prendre en considération l’humain avant la performance brute.
Tout cela va clairement dans le bon sens pour le salarié évidemment mais aussi pour les entreprises qui constatent certainement une amélioration des résultats grâce à des employés plus engagés et reconnaissants.

En plus de préserver sa ressource principale qu’est son collectif d’employés, elle les met dans les meilleures conditions pour travailler et être productifs. Gagnant-gagnant comme dirait l’autre.
Elle réduit au passage l’absentéisme, retient les bons éléments et attire de nouveaux talents plus facilement.

Pourquoi a t-il fallu attendre aussi longtemps ?

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