L’entreprise va t-elle se transformer en parc d’attraction ?

(Le cas échéant, bosser au parc Astérix sera le must du must !)

QVT, bien-être au travail, bonheur, Chief happiness officer, liberté, flexibilité, home office, entreprise libérée, baby-foot, afterworks … Mais que se passe-t-il ? L’entreprise est-elle en train de se transformer en parc d’attraction ? Travailler va-t-il devenir enfin bon pour la santé ? Les temps de loisirs vont-ils devenir plus ennuyeux que le temps passé au bureau avec ses collègues ?

Marcel arrive au bureau, il est 11h30. Ce matin, au réveil, son assistant virtuel lui a rappelé qu’il avait une réunion en présentiel avec des collaborateurs. Il retrouve avec plaisir l’espace de travail ludo-créatif que son entreprise loue à un gros acteur du coworking au centre de Paris (à équidistance du lieu de résidence des employés, équité oblige : les temps de transports devant être proches de celui inscrit dans la contrat de travail sous peine de compensation financière à verser par l’entreprise… )

Après que l’hôtesse lui ait servi une bonne collation vitaminée, Marcel est complètement opérationnel pour la réunion de 30 minutes qui s’annonce (on a défini qu’une réunion durant plus de 30 minutes est anti-productive). Les participants ont préalablement choisi l’ambiance ‘Biaritz’ et, allongés sur des transats, les pieds posés sur le sable chauffé ils ont droit au délicat roulement des vagues en fond sonore. Des images d’océan défilent sur les murs et c’est en totale harmonie et bien-être qu’ils débutent leur réunion…

Il y a 25 ans cette scénette aurait fait sourire bon nombre de travailleurs tellement elle aurait semblé saugrenue et hors du scope professionnel. Aujourd’hui, ce n’est carrément plus de la science-fiction et certains d’entre vous ont certainement déjà vécu une situation de ce genre.


2019, le temps est au chouchoutage des employés. Pardon des collaborateurs ! Tout terme désignant une quelconque subordination est à bannir. « Employé » veut dire qu’on dépend de quelqu’un et peut même laisser imaginer que l’on ne sert qu’à effectuer certaines tâches ennuyeuses. Et puis c’est un niveau dans la classification des travailleurs (employé, cadre, agent de maîtrise, etc…) encore une histoire de hiérarchie alors qu’on est tous égaux… Bref, préférons le terme collaborateur qui signifie tout de même un engagement plus important du travailleur et surtout un nivellement des hiérarchies puisque, après tout, on collabore avec le patron. Ce n’est pas rien !

Veuillez excuser ce passage légèrement ironique dans le ton, mais à chaque évolution profonde son lot d’exagérations ! En même temps, l’exagération et l’outrance permettent souvent de faire avancer les choses. Elles permettent en tous les cas de tester des concepts, de confirmer les idées, d’atténuer la peur de se tromper en essayant.

Puisqu’au final, nous sommes bien d’accord, il vaut mieux que les 27 millions d’actifs français évoluent dans des environnements de travail agréables sous les ordres de managers rompus aux nouvelles méthodes de management humain plutôt que retourner à l’âge d’or industriel ou la majorité de la population travaillait dans des conditions plutôt difficiles.

La véritable question, puisqu’on le rappelle quand même, a priori un employé doit travailler pour le projet d’entreprise avant tout, jusqu’où pouvons-nous allez dans la “loisirification” du travail sans nuire à la productivité ?
Certes un employé heureux et détendu travaille mieux et donc produit plus mais en permettant trop de divertissement ne risque t-on pas de perdre en concentration, en investissement et surtout l’objectif principal des yeux ? La courbe peut s’inverser :

Alors il va certainement naître dans les années à venir beaucoup de start up et d’initiatives dans le domaine de la QVT, beaucoup de cabinets de conseils en management bienveillant, beaucoup de consultants en intelligence collective et entreprise libérée. On va vendre encore beaucoup de jeux d’entreprises et livrer beaucoup de paniers de fruits jusqu’à ce qu’on dépasse le point culminant de la courbe et qu’on fasse marche arrière pour retrouver le point culminant !

En tous les cas, on aura assurément gagné en bien-être, voire même, osons le : en bonheur !’

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